J'ai rencontré un de ces jours un petit elfe écrivain. Son nom était Lakahand. Seul lui savait raconter comme il le faisait. Mais une histoire m'est resté plus que tout autre. Celle de la Dame Blanche.
"Prenez une page blanche vierge de tout tracé.
Que pourriez vous en faire? La jeter au Dieu Éole
pour qu'il emmène au loin cette blancheur non souillée,
afin que le temps et l'oubli ne détruisent à jamais cet amour
impossible entre vous?
Vous pourriez d'un geste vif et décidé, déchirer l'immaculé
pour oublier que vous auriez pu l'aimer. Vous pourriez
de la pointe de votre plume, d'une main légère et réfléchie
dépuceler la belle.
De la courbe d'une virgule, caresser le grain du papier
pour qu'elle encre à jamais dans sa peau le souvenir de
vos pensées. N'oubliez pas, que d'une rature, tâche,
une hésitation, il est possible de détruire ce premier amour,
ce seul et unique amour dont vous étiez le premier
amant.
De l'agressivité du point final, vous lui donnerez l'ultime
jouissance. Et vous recevrez de sa part, le plus beau
des cadeaux, la plus belle des récompenses, un dos
aussi blanc, aussi désirable.
Il ne tiendra qu'à vous de respecter ce deuxième instant
passionné qu'elle vous offre, pour que toute votre vie
vous puissiez vous rappeler cette histoire qu'une
inconnue parmi tant d'autres, une nuit de solitude vous
a donnée. Rien que pour cela, respectez la page blanche..."
On ne possède pas un chat, c'est lui qui vous possède.
Ma minette Tara me possède entièrement dans ces grands yeux bleus.
"Il suffit de croiser son regard avec celui d'un chat pour mesurer la profondeur des énigmes que chaque paillette de ses yeux pose aux braves humains que nous sommes." Jacques Laurent
Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!
Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront, il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise.
Charles BAUDELAIRE